Résumé
De quoi parle-t-on ?
Des substances chimiques fabriquées par l’homme
Les PFAS sont des substances chimiques exclusivement fabriquées par l’homme depuis les années 1950.
Selon la définition officielle, un PFAS est une molécule constituée d’atomes de carbone, dont une partie est entièrement recouverte de fluor.
Cette liaison fluor-carbone est la principale caractéristique d’un PFAS.
Utilisées massivement par l’industrie et l’agriculture
Les PFAS confèrent des propriétés exceptionnelles aux produits qui les contiennent : imperméabilité, résistance aux fortes chaleurs, anti-tâche, ignifugique (qui rend ininflammable), antiadhésif, émulsifiant (qui aide à mélanger deux substances), etc.
Pour les industriels, ces propriétés des PFAS sont logiquement extrêmement attractives. Les PFAS ont ainsi pu améliorer un grand nombre de produits du quotidien :

Les PFAS apportent aux tissus des propriétés déperlantes et anti-taches.

Les PFAS apportent aux ustensiles des propriétés anti-adhésives.

Les PFAS peuvent servir d’émulsifiants ou de stabilisants de produits cosmétiques, et les rendre résistants à l’eau.
Les PFAS sont aussi utilisés pour d’autres usages plus spécifiques et souvent moins connus :

Les PFAS améliorent l’efficacité de certaines mousses anti-incendie.

De nombreux fluides frigorigènes, utilisés pour la climatisation, sont des PFAS.

Les PFAS peuvent améliorer la stabilité, et donc l’efficacité, des pesticides.
Les PFAS sont persistants, mobiles et bioaccumulables
Persistance
Les PFAS ont les défauts de leurs qualités : une fois synthétisés, ils sont extrêmement résistants. Ils ne se dégradent pas, ou peu, naturellement.
Par exemple, la durée de demi-vie dans l’eau de certains PFAS comme le PFOS est estimée à plus de 40 ans.
Mobilité
Une fois rejetés, les PFAS migrent de milieu en milieu. Prenons l’exemple d’une molécule PFAS utilisée dans une mousse anti-incendie :
C’est ainsi qu’on a retrouvé une quantité importante de PFAS à Rouen à proximité de l’usine Lubrizol dont l’incendie avait été éteint grâce à des mousses anti-incendie1Six ans après l’incendie de Lubrizol, une pollution massive aux PFAS. (2025, 26 septembre). https://reporterre.net/Six-ans-apres-l-incendie-de-Lubrizol-une-pollution-massive-aux-PFAS.
Les PFAS sont bioaccumulables
Enfin, les PFAS ont une dernière spécificité, celle de se lier aux protéines fabriquées par notre organisme, en particulier dans le sang, le foie et les reins.
Les organismes n’étant pas capables de casser les liaisons carbone–fluor, ils ne parviennent pas à les transformer chimiquement en d’autres molécules pour les évacuer. Ainsi, ils ne parviennent pas les éliminer et les PFAS s’accumulent progressivement dans les organismes.
On compte plus de 10 000 PFAS, qui peuvent être très différents les uns des autres
Les PFAS forment une grande famille, estimée à plus de 10 000 substances différentes.
Dans cette grande famille, plusieurs distinctions sont importantes :
- On distingue les PFAS polymères et les PFAS non-polymères. Pour faire simple, les PFAS non-polymères sont les substances « de base », qui peuvent être utilisées comme telles ou qui servent à la production de PFAS polymères. Parmi les polymères de synthèse, on trouve les plastiques (ex : le PVC, le polystyrène), les fibres synthétiques (ex : le nylon), les mousses (ex : le polyuréthane), etc. On trouve aussi des polymères PFAS, comme le PTFE, plus connu sous son nom commercial Téflon.



- On distingue aussi les PFAS à chaîne longue (PFOA, PFOS, etc.) et les PFAS à chaîne courte (ex : TFA). Les les PFAS à chaîne longue sont plus bioaccumulables, plus surveillés/réglementés et plus faciles à filtrer (car ce sont des molécules plus grosses). Les PFAS à chaîne courte sont plus mobiles et plus répandus.
Le cycle de vie des PFAS, différentes sources de contamination
On peut considérer le cycle de vie d’un produit contenant des PFAS (un t-shirt, une mousse anti-incendie, un fluide réfrigérant) en le décomposant en 4 étapes, avec des rejets qui peuvent advenir à chacune des étapes :

Une fois rejetés, les PFAS migrent ensuite dans les différents milieux (eau, sol, air), puis dans d’autres compartiments (eau de boisson, fruits, légumes, viandes, etc.).
Les organismes vivants sont ensuite exposés par différentes voies possibles :
- Par l’eau qu’ils boivent ;
- Par les aliments qu’ils mangent ;
- Par l’air et les poussières qu’ils respirent (ex : PFAS contenus dans les tapis) ;
- Par contact direct (ex : produits cosmétiques).

Un problème sociétal
La toxicité de certains PFAS est avérée
Le premier scandale lié aux PFAS s’est déroulé aux États-Unis à la fin des années 1990. Il s’agissait d’une vaste pollution au PFOA. Grâce à ce scandale, la toxicité du PFOA a pu être étudiée. Verdict : il est cancérogène.
Au-delà du cancer, les chercheurs alertent sur les multiples effets sur la santé humaine que pourrait causer l’exposition aux PFAS : effets sur le système immunitaire, troubles du métabolisme et du foie, etc.
Les populations les plus jeunes (fœtus, bébés, enfants) semblent les plus exposés, les PFAS se transmettant notamment dans le lait maternel.
La recherche scientifique progresse mais les études de toxicité et d’épidémiologie sont longues et coûteuses. À l’heure actuelle, à l’exception d’une poignée de PFAS bien étudiés, le niveau de connaissances sur la toxicité des PFAS reste limité.
La contamination aux PFAS est globale
Les études montrent toutes une augmentation de la contamination des différents milieux (eau, sol, organismes, etc.), ce qui est assez logique : les PFAS sont persistants, ils s’accumulent donc, d’autant plus que la production annuelle augmente.
Voici une synthèse des différentes études :
- Les denrées alimentaires sont de plus en plus contaminées. En France, on trouvait des traces de PFAS dans 25% des fruits courants en 2021, contre seulement 3% en 2011.
- Dans l’eau, la situation globale est plutôt rassurante si on se fie aux limites de qualité actuellement fixées et par rapport aux PFAS étudiés (principalement les PFAS à chaîne longue). Quelques situations posent problème dans des communes où l’eau devient interdite à la consommation. Le nombre de ces cas augmente d’année en année.
- Nous avons toutes et tous des traces de PFAS dans le sang. 14% des adolescents européens ont un taux de PFAS dans le sang supérieur à la valeur toxicologique de référence.
La dépollution, un défi technique particulièrement coûteux
Dans l’eau et dans le sol, des techniques de filtration/traitement existent déjà, principalement pour les PFAS à chaîne longue.
Une fois filtrés, ces PFAS peuvent être détruits, ce qui implique une incinération à 1 400°C. Par rapport aux volumes en jeu, cette destruction sera un défi technique et logistique immense.
De plus, le coût de la dépollution en Europe sur 20 ans est évalué entre 90 milliards d’euros pour une dépollution minimaliste) et 2 000 milliards d’euros pour une dépollution plus ambitieuse.
Pour la France, cela reviendrait à 710 millions d’euros par an pour une dépollution minimaliste et 12,2 milliards d’euros par an pour une dépollution ambitieuse.
Les citoyens et les élus réclament plus de protection
Des cas de contamination aux PFAS se multiplient en France et en Europe, en premier lieu à proximité des sites de production de PFAS mais pas seulement. Les riverains de ces zones s’organisent sous forme de collectifs et mènent des actions en justice contre les sites industriels à l’origine des pollutions.
C’est le cas au sud de Lyon, où près de 200 riverains ont décidé d’assigner Arkema et Daikin en justice, dans ce qui s’annonce être l’un des plus grands procès civils d’Europe contre les PFAS. 2Delvaux, É. (2026, 31 janvier). PFAS : près de 200 riverains de la « vallée de la chimie » , près de Lyon, assignent Arkema et Daikin en justice. France Inter. https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/pfas-pres-de-200-riverains-de-la-vallee-de-la-chimie-pres-de-lyon-assignent-arkema-et-daikin-en-justice-5372087.
Dans le cas de l’entreprise chimie italienne Miteni, qui a pollué les nappes phréatiques autour de son site, les cadres de l’entreprise ont été condamnés à des peines de prison ferme en 2025.
Un enjeu pour les entreprises
Beaucoup d’entreprises sont concernées
En Europe, 290 000 tonnes de PFAS ont été utilisées en 2020, dans 24 secteurs représentant des milliers d’entreprises. Quatre secteurs (textile et cuir, gaz fluorés, composants et fluides de véhicule, produits d’étanchéité) représentent les deux tiers de la demande.
Le risque réglementaire et réputationnel augmente
La médiatisation de la pollution aux PFAS est plus forte d’année en année. À titre d’illustration, le nombre de requêtes liées aux PFAS sur Google dans le monde entre 2022 et 2025 a fait x103Explorer – Google Trends. (s. d.). Trends. https://trends.google.fr/explore?q=%2Fm%2F04zxzzy&date=today%205-y&geo=Worldwide.
Cet intérêt grandissant, alimenté par des problèmes sanitaires de plus en plus fréquents, se répercute sur les entreprises de diverses manières, notamment par un risque réglementaire et réputationnel accru.
Face à cela, de nombreuses entreprises sont déjà parvenues à retirer les PFAS de leur chaîne d’approvisionnement ou ont défini un plan pour y parvenir : Patagonia, L’Oréal, Marshall, IKEA, Marks & Spencer, Electrolux, Bosch, Michelin, Safran, etc.
Des alternatives déjà disponibles
Des alternatives sans PFAS existent pour un grand nombre d’usages. Des substitutions sont déjà disponibles dans un grand nombre de secteurs (en vert), quand les secteurs pour lesquels des alternatives ne sont pas disponibles sont moins nombreux (en rouge).
Des outils pour aider les entreprises à retirer les PFAS de leur chaîne d’approvisionnement
L’ONG suédoise ChemSec, l’une des organisations les plus actives dans la substitution des PFAS, a publié des ressources essentielles pour aider les entreprises à retirer les PFAS de leurs chaînes de valeur et de leurs procédés :
- Le PFAS Guide, une plateforme en ligne pour aider les entreprises à identifier les produits susceptibles de contenir des PFAS dans leur chaîne d’approvisionnement.
- La SIN List (ou Substitute It Now! List), une liste de substances chimiques préoccupantes — incluant plus de 400 PFAS.
- Marketplace, une plateforme qui référence les alternatives plus sûres aux produits chimiques dangereux – dont les PFAS.
Sortir des PFAS
Fermer le robinet à la source, l’option la moins coûteuse
Plusieurs études récentes ont modélisé les coûts de différents scénarios de gestion des PFAS :
- Les problèmes de santé causés par les 4 PFAS historiques couteraient 360 milliards d’euros dans le scénario tendanciel.
- Une dépollution minimaliste couterait ~ 90 milliards d’euros.
- Une dépollution ambitieuse couterait entre 1 500 et 2 000 milliards d’euros.
- Une réduction de 42% de la consommation de PFAS en Europe couterait ~ 400 millions d’euros.
Même si ces ordres de grandeur ne peuvent être comparés stricto sensu, il apparaît très clairement que la réduction des PFAS à la source semble l’option la plus efficace financièrement.
La réglementation pour accélérer le marché
Ce changement structurant ne pourra advenir que si des règles communes sont fixées. Autrement dit, cela n’arrivera qu’avec une réglementation à l’échelle européenne.
Pour être protectrice, cette réglementation doit être large par défaut — avec des exceptions justifiées (usages considérés comme essentiels ou absence réelle d’alternative) — et suivre une approche « par classe » (qui concerne tous les PFAS et ne se limite pas à certains PFAS uniquement).
D’ici 2040, une telle réglementation pourrait se traduire par un marché de 14,9 milliards de dollars pour les alternatives aux PFAS dans l’Union européenne.
Une opportunité pour les entreprises françaises et européennes
Or, aujourd’hui, l’Europe accuse un retard important dans le développement d’alternatives aux PFAS. La Chine s’est saisie du sujet depuis plusieurs années et a clairement pris de l’avance, suivie par les États-Unis et le Japon. La Chine est en effet le pays au monde qui dépose le plus de brevets sur des alternatives aux PFAS, bien plus que les pays européens 4Dr. Jelle Demeulemeester, Mynd-Ware : PFAS substitutes, A patent literature based analysis, October 2023
– https://www.essenscia.be/wp-content/uploads/2023/10/patent-cell-tw_pfas-substitutes_oct2023.pdf.
Ce retard peut être rattrapé, notamment grâce à une réglementation pragmatique et du soutien à l’innovation.
Deux autres incitations sont à encourager :
- celle des institutions financières, qui financent les entreprises et peuvent les engager dans cette transition.
- celle des donneurs d’ordre économiques (grandes entreprises et administrations publiques), qui peuvent imposer le changement dans leurs cahiers de charges.
bye bye PFAS
L’initiative bye bye PFAS a été créée en février 2026 pour œuvrer en faveur du retrait des PFAS en France et en Europe, aux côtés des acteurs économiques et scientifiques.
Si vous souhaitez contribuer, rejoignez l’une de nos coalitions, participez à nos prochaines actions ou simplement contactez-nous.
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