Partie 2
Un problème sociétal
Toxicité
La toxicité des PFAS
- Le premier scandale lié aux PFAS s’est déroulé aux États-Unis à la fin des années 1990. Il s’agissait d’une vaste pollution au PFOA. Grâce à ce scandale, la toxicité du PFOA a pu être étudiée. Verdict : il est cancérogène.
- Au-delà du cancer, les chercheurs alertent sur les multiples effets sur la santé humaine que pourrait causer l’exposition aux PFAS, en particulier sur les plus jeunes (fœtus, bébés, enfants).
- À l’exception d’une poignée de PFAS, le niveau de connaissances sur la toxicité des PFAS est limité.
- Les deux principaux vecteurs d’exposition sont l’alimentation et l’eau de boisson.
- Des valeurs seuils correspondant à des doses d’exposition maximales sont fixées pour protéger les populations.
- Les valeurs seuils utilisées en France sont moins protectrices que celles d’autres pays.
- Pour des contraintes de temps et de ressources financières, la toxicité de tous les PFAS ne pourra jamais être évaluée.
Le PFOA au cœur du premier scandale sanitaire des PFAS
En 1998, aux États-Unis, un fermier voit ses vaches mourir mystérieusement. Avec l’aide d’un avocat, il découvre que l’eau du pâturage est polluée par les rejets de PFOA d’une usine de l’entreprise chimique DuPont. En investiguant, l’avocat Robert Bilott découvre l’ampleur de la contamination et les effets provoqués sur les riverains. Il en suivra un scandale dans lequel la firme DuPont sera accusée d’avoir contaminé avec le PFOA plus de 70 000 personnes.
Des documents internes montrent que les responsables de DuPont étaient parfaitement au courant de la situation. En interne, ils utilisaient la formulation « the devil we know » (« le diable que nous connaissons ») pour parler du PFOA. Ils nieront jusqu’au bout les accusations et affirmeront même la non-dangerosité de leurs produits.
Cet épisode est connu comme le premier scandale sanitaire lié aux PFAS. Il est raconté dans le film Dark Waters.

Suite à ces révélations, une étude épidémiologique sur 70 000 personnes a été lancée en 2005. Résultat : l’étude a conclu en 2012 à un lien probable entre l’exposition au PFOA et plusieurs maladies dont le cancer du rein et le cancer des testicules.
En décembre 2023, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le PFOA comme « cancérogène pour l’Homme »1Les Monographies du CIRC évaluent les effets cancérogènes de l’acide perfluorooctanoïque (APFO) et de l’acide perfluorooctanesulfonique (SPFO). (s. d.). https://www.iarc.who.int/fr/news-events/iarc-monographs-evaluate-the-carcinogenicity-of-perfluorooctanoic-acid-pfoa-and-perfluorooctanesulfonic-acid-pfos/. Dans la foulée, le CIRC a classé un autre PFAS, le PFOS, comme « peut-être cancérogène pour l’Homme ».
Le PFOA a été utilisé pour la fabrication du Téflon et de nombreux produits (textiles déperlants, emballages alimentaires, etc.) entre 1950 et 2010, avant d’être progressivement remplacé par d’autres PFAS comme le GenX et l’ADONA.
Les chercheurs alertent sur les multiples effets sur la santé humaine causés par l’exposition aux PFAS
Les effets des PFAS sur la santé humaine ne semblent pas s’arrêter aux cancers. L’annexe B5 du projet de restriction à l’échelle européenne propose une synthèse des connaissances organisée sous trois catégories :
- lien certain (« evidence ») entre l’exposition et les effets sur la santé, renforcé par de nouvelles études ;
- lien probable (« limited evidence ») entre l’exposition et les effets sur la santé, étayé par de nouvelles études ;
- lien possible (« suggested evidence ») entre l’exposition et les effets sur la santé, sans que de nouvelles études soient suffisamment concluantes.
Voici la synthèse en question :
- Effets sur le système immunitaire
- réduction de la réponse vaccinale chez les enfants
lien certain
- augmentation de la probabilité d’infection des voies respiratoires inférieures (trachée, bronches, poumons)
lien probable
- augmentation du risque d’eczéma atopique
lien probable
- renforcement des effets liés à l’asthme et aux allergies
lien possible
- réduction de la réponse vaccinale chez les enfants
- Toxicité hépatique et perturbation métabolique
- augmentation des maladies du foie
lien certain
- augmentation du cholestérol
lien probable
- augmentation du risque de maladies cardiovasculaires
lien possible
- augmentation des maladies du foie
- Reproduction et développement
- réduction du poids à la naissance
lien probable
- effets sur la fertilité masculine et féminine
lien possible
- effets sur les hormones sexuelles et les effets connexes
lien possible
- accouchement prématuré
lien possible
- fausse couche et prééclampsie
lien possible
- réduction du poids à la naissance
- Fonctionnement de la thyroïde
- maladie thyroïdienne ou modifications des hormones thyroïdiennes
lien possible
- maladie thyroïdienne ou modifications des hormones thyroïdiennes
De plus, l’exposition aux PFAS pourrait provoquer plusieurs maladies chez les enfants et les adolescents, comme le cancer endocrinien, l’obésité ou encore les altérations du développement neurologique, selon la Société européenne d’endocrinologie pédiatrique (ESPE).
Enfin, les PFAS se transmettant notamment par le placenta et le lait maternel2Sources d’exposition aux PFAS | INSPQ. (s. d.). Institut National de Santé Publique du Québec. https://www.inspq.qc.ca/pfas/sources-exposition, nos enfants naissent désormais — et de plus en plus — « prépollués » aux PFAS.
Ainsi, d’après l’Initiative européenne de biosurveillance humaine3PFAS. (s. d.). HBM4EU https://www.hbm4eu.eu/policy_briefs/pfas/, l’exposition prénatale aux PFAS pourrait être associée à des troubles tels que la pré-éclampsie (complication de grossesse), une réduction du poids à la naissance, ou encore un risque d’infirmité motrice cérébrale chez les garçons.
D’après les dernières études disponibles, les PFAS dans le corps viendraient déréguler (par exemple l’expression des gènes) ou interagir directement avec les protéines, ce qui causerait les problèmes pour la santé humaine cités ci-dessus.
Des valeurs seuils correspondant à des doses d’exposition maximales sont fixées pour protéger les populations
La dangerosité d’une substance dépend de sa toxicité mais aussi de multiples paramètres, comme la dose d’exposition, sa fréquence ou encore la fragilité de la personne exposée.
Valeurs toxicologiques
Pour protéger la population, il faut pouvoir déterminer la dose d’exposition qui correspond à l’apparition probable d’un effet sanitaire, en considérant une exposition répétée allant de plusieurs jours à plusieurs années.
On parle alors de valeurs toxicologiques de référence (ou « VTR » ). Les VTR sont déterminées par les agences de sécurité sanitaire, comme l’Anses en France, l’EFSA en Europe ou encore l’EPA aux États-unis.
Ces VTR sont déterminées à partir d’études toxicologiques sur des animaux, en appliquant des facteurs d’incertitude d’équivalence humaine et d’études épidémiologiques quand elles sont disponibles.
Une VTR couramment utilisée est la dose hebdomadaire tolérable (ou « DHT »), qui correspond à la quantité d’une substance qu’un individu peut ingérer chaque semaine, sans risque pour sa santé. Ainsi, l’EFSA a fixé un seuil à 4,4 ng/kg de poids corporel et par semaine pour les 4 principaux PFAS4PFOA, PFOS, PFNA et PFHxS. Soit 330 nanogrammes par semaine pour un adulte pesant 75 kg ou 44 nanogrammes par semaine pour un enfant pesant 10 kg. Notons ici que les enfants peuvent donc atteindre ce seuil plus rapidement que les adultes.
Il existe des VTR par substance et des VTR par groupe de substances, comme celle que nous venons de décrire.
Valeurs sanitaires
Les VTR sont transposées dans différents compartiments (eau potable, denrées alimentaires, sang, etc.) pour la surveillance sanitaire. On parle alors de valeurs sanitaires :
Valeurs toxicologiques de référence (VTR)

Valeurs sanitaires
Pourquoi l’eau potable et les denrées alimentaires ? Simplement parce qu’il s’agit de deux principaux vecteurs d’exposition.5PFAS. (s. d.). HBM4EU. https://www.hbm4eu.eu/policy_briefs/pfas/.
Par exemple, pour transposer la VTR en valeur sanitaire dans l’eau potable, on prend en compte la consommation moyenne d’eau, le poids, l’exposition cumulée, etc.
Valeurs réglementaires
Les VTR sont aussi transposées en valeurs réglementaires afin d’être intégrées dans un texte de loi ou un règlement. Par exemple, l’Europe et la France ont fixé une valeur de gestion des PFAS dans l’eau potable, ou « limite de qualité ». Si la limite de qualité est dépassée, une ou plusieurs fois d’affilée, on est alors en situation de non-conformité réglementaire.
Valeurs toxicologiques de référence (VTR)

Valeurs réglementaires
Les valeurs réglementaires ne dépendent pas uniquement de la toxicité, elles prennent aussi en compte les conséquences économiques et sociales d’éventuelles interdictions. Par exemple, les valeurs réglementaires de denrées alimentaires doivent permettre à la majorité des denrées de rester commercialisables. En théorie, ces normes doivent trouver le meilleur compromis entre aspects sanitaires, économiques et sociologiques.
Il existe une forte hétérogénéité dans les valeurs fixées par les États, notamment dans les limites de qualité dans l’eau potable :
| Union européenne 🇪🇺 | (Somme de 20 PFAS) < 100 ng/L |
| Canada 🇨🇦 | (Somme de 25 PFAS) < 30 ng/L |
| Allemagne 🇩🇪 | (Somme de 4 PFAS) < 20 ng/L |
| États-Unis 🇺🇸 | (Somme de 2 PFAS) < 4 ng/L |
| Pays-Bas 🇳🇱 | (Somme de 4 PFAS) < 4 ng/L |
| Danemark 🇩🇰 | (Somme de 4 PFAS) < 2 ng/L |
Plusieurs observations :
- Ces valeurs sont de l’ordre du nanogramme par litre. C’est peu. Un taux de 100 ng/L correspond à une pincée (0,25 grammes) dans une piscine olympique (2 500 m³).
- Ces valeurs ne peuvent pas être comparées directement car les périmètres de PFAS concernés diffèrent. On peut néanmoins retenir que la valeur de l’Union européenne est moins protectrice que celle du Canada et qu’elle ne permet pas une protection aussi forte que d’autres sur les 2 ou 4 PFAS les plus problématiques. De manière générale, les valeurs utilisées en France ne font pas partie des plus protectrices.
- Les valeurs ne concernent qu’une portion très restreinte des substances PFAS (25 maximum, sur ~ 10 000 substances).
La définition des VTR — qui sont ensuite transposées en valeurs sanitaires et en valeurs réglementaires — est donc fondamentale pour garantir la protection des populations.
Or, de manière empirique, on constate que les VTR peuvent être abaissées drastiquement à la suite de scandales sanitaires. Par exemple, la dose journalière admissible (DJA) du PFAO définie par l’EFSA était de 1 500 nanogrammes par kg de poids corporel jusqu’en 2018… avant d’être abaissée à 0,63 nanogrammes pour la somme des 4 PFAS.
Vous souhaitez en savoir plus sur la toxicité des PFAS ? Nous vous recommandons la lecture de l’article « Toxicité des PFAS. Déchiffrage d’une situation complexe » de Louis Delon, membre du comité scientifique de bye bye PFAS.
Contamination
L’état de la contamination en France et en Europe
- Les denrées sont de plus en plus contaminées. En France, on trouvait des traces de PFAS dans 25% des fruits courants en 2021, contre seulement 3% en 2011.
- Dans l’eau, la situation actuelle est plutôt rassurante si on se fie aux limites de qualité actuellement fixées et par rapport aux PFAS étudiés (principalement les PFAS à chaîne longue).
- Quelques situations posent problème dans des communes où l’eau devient interdite à la consommation. Le nombre de ces cas augmente d’année en année.
- Nous avons toutes et tous des traces de PFAS dans le sang.
- 14% des adolescents européens ont un taux de PFAS dans le sang supérieur à la valeur toxicologique de référence.
La contamination des milieux se poursuit
Quel est l’état de la contamination des milieux ? Autrement dit, est-ce qu’on rencontre des situations où les analyses effectuées montrent des valeurs supérieures aux valeurs toxicologiques de référence ?
On peut y répondre en étudiant les différents milieux (eau, sol, air) et vecteurs d’exposition (eau de boisson, fruits, légumes, etc.).
C’est ce qu’a réalisé l’Anses dans sa dernière publication6Composés per- et poly- fluoroalkylés (PFAS) dans différents compartiments : Bilan de la contamination et catégorisation en vue de leur surveillance. Avis de l’Anses Rapport d’expertise collective. Octobre 2025. https://www.anses.fr/system/files/ERCA2022-SA-0198-RA.pdf. L’agence nationale propose une synthèse des connaissances disponibles sur différents « compartiments » :
- Eau de boisson et milieux aquatiques. Il s’agit du compartiment le plus étudié.
- Denrées alimentaires, notamment la viande, les poissons, les œufs, les fruits et légumes, les produits d’alimentation infantile. Il s’agit d’un compartiment bien étudié.
- Produits du quotidien, comme les produits textiles, d’entretien ou cosmétique. Un compartiment peu étudié.
- Air, poussières, sol. Un compartiment très peu étudié.
Voici une synthèse des connaissances dans ces compartiments :
- Dans les denrées alimentaires :
- Les denrées sont de plus en plus contaminées. En France, on trouvait des traces de PFAS dans 25% des fruits courants en 2021, contre seulement 3% en 2011.
- Les abats et les poissons sont les denrées les plus contaminées par les PFAS, les œufs également. Les viandes de volaille, les fruits et les légumes sont majoritairement moins contaminés.
- Sans surprise, les études convergent sur une plus faible présence de PFAS dans les produits issus de l’agriculture biologique – qui n’autorise pas les pesticides PFAS – par rapport à ceux issus de l’agriculture conventionnelle.
- Certaines valeurs seuils réglementaires semblent trop élevées pour être réellement protectrices.
- Dans l’eau du robinet :
- La situation globale est plutôt rassurante, si on se fie aux limites de qualité actuellement fixées et par rapport aux PFAS étudiés (principalement les PFAS à chaîne longue).
- Quelques situations posent d’importants problèmes dans des communes où l’eau devient interdite à la consommation. Le nombre de ces cas augmente d’année en année.
- La limite de qualité actuellement fixée en France est contestée. Elle est moins protectrice que celles fixées par d’autres pays européens.
- La surveillance des PFAS dans les réseaux d’eau potable s’est accélérée en 2025. On dispose de données sur la moitié des réseaux en France, et ce pour quelques PFAS. La surveillance va se généraliser en 2026.
Zoom sur l’état de la contamination aux PFAS des denrées alimentaires en France et en Europe.
Les associations PAN Europe et Nature & Progrès se sont intéressées 7Toxic Harvest : Ban PFAS pesticides. (2024, 28 février). PAN Europe. https://www.pan-europe.info/resources/briefings/2024/02/toxic-harvest-PFAS-pesticides à la présence de PFAS dans les fruits et légumes en Europe. Voici les principales conclusions :
- La présence de PFAS augmente d’année en année. Le nombre de fruits et légumes européens contenant des résidus de PFAS détectés a presque triplé entre 2011 et 2021
- En France, on retrouve des PFAS dans 25% des fruits courants en 2021, contre seulement 3% en 2011.
En 2025, l’association Générations Futures a publié un rapport sur l’état de la contamination des denrées alimentaires en Europe8(2025, juin 19). PFAS : Une contamination inquiétante de l’alimentation européenne révélée par une nouvelle enquête de Générations Futures – Générations Futures. Générations Futures. https://www.generations-futures.fr/actualites/pfas-alimentation/#:~:text=PFAS%3A%20Des%20mesures%20urgentes%20%C3%A0,et%20des%20stations%20d’%C3%A9puration.. L’étude se fonde sur l’analyse de ~3 000 données sur des denrées alimentaires consommées en France, en Allemagne, aux Pays-Bas et au Danemark. Les données sont comparées aux valeurs réglementaires et aux valeurs sanitaires disponibles. Voici les principales conclusions :
- 69 % des poissons, 39 % des œufs, 23 % des laits et 14 % des viandes contiennent au moins l’un des quatre PFAS réglementés.
- Les abats et les poissons sont les denrées les plus contaminées. Les viandes de volaille, les fruits et les légumes le sont majoritairement moins.
- Les limites réglementaires sont trop faibles. Par exemple, si un enfant de 4 ans mange un seul œuf contaminé à sa limite réglementaire alors il dépasse largement la quantité de PFAS qu’il peut ingérer sur une semaine sans risque sur sa santé. Selon le rapport, ces limites ont été établies à des niveaux suffisamment hauts pour que très peu de produits soient retirés du marché, ce qui fait courir un risque important pour les consommateurs.
Sans surprise, les études convergent sur la plus faible présence de PFAS dans les produits issus de l’agriculture biologique – qui n’autorise pas les pesticides PFAS – que dans ceux issus de l’agriculture conventionnelle9The Forever Chemical in our Daily Bread. (2025, 3 juin). PAN Europe. https://www.pan-europe.info/resources/reports/2025/06/forever-chemical-TFA-our-daily-bread.

Enfin, on trouve d’autres informations intéressantes dans le rapport de l’Anses10Composés per- et poly- fluoroalkylés (PFAS) dans différents compartiments : Bilan de la contamination et catégorisation en vue de leur surveillance. Avis de l’Anses Rapport d’expertise collective. Octobre 2025. https://www.anses.fr/system/files/ERCA2022-SA-0198-RA.pdf.
Zoom sur l’état de la contamination aux PFAS de l’eau potable en France.
Les données officielles sur la qualité de l’eau des agences régionales de santé (ARS) ont été compilées par les associations Générations Futures et Data for Good dans une plateforme interactive : dansmoneau.fr. Les données disponibles sont comparées à trois valeurs :
- la limite de qualité retenue par la France et en Europe : (Somme de 20 PFAS) < 100 ng/L ;
- la limite de qualité utilisée dans des pays comme l’Allemagne, le Danemark et Suède, et recommandée par le Haut Conseil de la santé publique (HCSP)11Gestion des risques sanitaires liés à la présence de composés PFAS dans les EDCH. (s. d.) ; https://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=1409 : (Somme de 4 PFAS) < 20 ng/L.
- les valeurs guides sanitaires pour 7 PFAS dans l’eau potable, définies par l’Anses.
À noter : pour plus de la moitié des réseaux de distribution, la présence de PFAS n’a pas pu être étudiée.
Pour les polluants et PFAS étudiés, la grande majorité des 11 000 réseaux de distribution de l’eau étudiés sont en dessous de la limite de qualité retenue par la France. C’est rassurant.
Néanmoins, trois points appellent à la vigilance :
- l’étude devrait être étendue à la présence de PFAS dans 100% des réseaux ;
- 33 réseaux de distribution dépassent la limite de qualité ou les valeurs guides sanitaires. Ils sont donc en situation de potentielle non-conformité, ce qui implique une interdiction de boire l’eau du robinet ;
- 75 autres réseaux de distribution dépassent la limite de qualité recommandée par le HCSP.
Zoom sur l’état de la contamination aux PFAS de l’eau de surface (rivières, lacs, etc.) en France et en Europe.
Le Bureau européen de l’environnement s’est intéressé à la présence de PFAS, notamment de PFOS, dans les poissons en tant que marqueur de la qualité de l’eau de surface12‘Forever Chemicals’ poisoning Europe’s waters and fish : The tip of the PFAS iceberg. (s. d.). https://eeb.org/en/library/forever-chemicals-poisoning-europes-waters-and-fish-the-tip-of-the-pfas-iceberg/. L’étude se fonde sur près de 2 000 points de données. Les résultats sont alarmants :
- La limite de qualité de l’UE pour le PFOS dans le poisson (9,1 μg/kg poids humide) est dépassée dans 40 % des analyses en Suède et en Autriche, 32 % en France, près de 25 % en Espagne et 22 % en Allemagne ;
- Si on compare les données à une autre limite de qualité — celle proposée par la Commission Européenne en 2022, de 0,077 μg/kg poids humide — 100% des échantillons dépassent la limite de qualité. Un grand nombre d’échantillons ont une valeur 500 fois supérieure à la limite de qualité.
En outre, les données en France sont désormais disponibles via une plateforme de l’État.
Nous avons tous et toutes des PFAS dans le sang, parfois au-dessus des valeurs réglementaires
Les études d’imprégnation s’enchaînent et aboutissent toutes à la même conclusion : nous avons tous et toutes des PFAS dans le sang.
- En France, la principale étude d’imprégnation aux PFAS — l’étude Esteban 13Spf. (s. d.). Imprégnation de la population française par les composés perfluorés : Programme national de biosurveillance, Esteban 2014-2016. https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/exposition-a-des-substances-chimiques/perturbateurs-endocriniens/documents/rapport-synthese/impregnation-de-la-population-francaise-par-les-composes-perfluores-programme-national-de-biosurveillance-esteban-2014-2016 — s’est intéressée à la présence de PFOA et de PFOS chez 744 adultes et 249 enfants entre 2014 et 2026. Résultats ? Ces PFAS ont été trouvés dans le sang de 100% des participants. Une nouvelle étude d’imprégnation — l’étude Albane — est en cours, pour des résultats à partir de 2028.
- 24 femmes et hommes politiques européens ont été testés. Résultats ? Tous positifs14Ortiz, P. B. B. (2025, 6 octobre). EU leaders contaminated with PFAS “forever chemicals”. https://eeb.org/en/eu-leaders-contaminated-with-pfas-forever-chemicals/.
- Aux Pays-Bas ? Mêmes résultats15Sta, E. A. A. B. B. D. E. (2025, août 8). L’inquiétude monte en Europe contre les PFAS, l’UE envisage une interdiction. European Newsroom. https://europeannewsroom.com/fr/linquietude-monte-en-europe-contre-les-pfas-lue-envisage-une-interdiction/.
- Chez les enfants au Pays basque espagnol ? Mêmes résultats16Confirman la presencia de PFAS en la sangre de menores en Gipuzkoa – Campusa. (s. d.). Campusa. https://www.ehu.eus/es/web/campusa/-/confirman-la-presencia-de-pfas-en-la-sangre-de-menore-en-gipuzkoa.
Bref, ne soyez plus surpris à la lecture du prochain article sur ce sujet : nous avons toutes et tous des PFAS dans le sang.
Avoir des traces de PFAS dans le sang et en avoir suffisamment pour que cela soit dangereux sont deux choses différentes.
Sur ce dernier point, on trouve des résultats instructifs dans certaines études d’imprégnation, comme celles de l’initiative European Human Biomonitoring17PFASs: What can we learn from the European Human Biomonitoring Initiative HBM4EU
Maria Uhl, Greet Schoeters, Eva Govarts, Wieneke Bil, Tony Fletcher, Line Småstuen Haug, Ron Hoogenboom, Claudia Gundacker, Xenia Trier, Mariana F. Fernandez, Argelia Castaño Calvo, Marta Esteban López, Dries Coertjens, Tiina Santonen, Ľubica Palkovičová Murínová, Denisa Richterová, Katleen De Brouwere, Ingrid Hauzenberger, Marike Kolossa-Gehring, Þórhallur Ingi Halldórsson,
International Journal of Hygiene and Environmental Health,Volume 250, 2023,114168, ISSN 1438-4639, https://doi.org/10.1016/j.ijheh.2023.114168., réalisée sur ~ 2 000 adolescents européens. Résultats :
- 14% des adolescents européens ont un taux de PFAS dans le sang supérieur à la valeur toxicologique de référence. Autrement dit, un taux de PFAS considéré comme dangereux.
- De plus, la population française apparaît particulièrement contaminée par rapport à ses voisins européens :
Part des adolescents exposés à des niveaux de PFAS supérieurs aux recommandations de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (2014–2021)
Les données d’exposition professionnelle aux PFAS sont quant à elles assez limitées. S’il existe des données concernant les pompiers, les « farteurs de ski » ainsi que les travailleurs de la chimie fluorée, il n’existe pas de données pour d’autres catégories professionnelles à risque, comme les ouvriers de l’industrie textile par exemple.
Pas de données, pas de problèmes ?
Qu’il s’agisse de toxicité ou de surveillance sanitaire, on peut constater que les données sont disponibles pour une poignée de PFAS uniquement.
Dans un monde idéal, on étudierait la toxicité de chaque PFAS les uns après les autres, à l’instar de ce qui a été réalisé sur le PFOA. Dans le monde réel, ce n’est tout simplement pas possible. Le coût associé serait bien trop élevé. Une certaine incertitude flottera donc toujours autour du sujet.
Certains y verront une justification évidente du principe de précaution, quand d’autres y trouveront une manière de maintenir le statu quo.
Une bonne nouvelle néanmoins : l’Anses a récemment annoncé une surveillance élargie à 247 PFAS — dont le TFA18PFAS : vers une surveillance élargie | Anses – Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. (2025, 22 octobre). https://www.anses.fr/fr/content/surveillance-nationale-des-PFAS-integr
Dépollution
La dépollution, un défi immense
- Dans l’eau et dans le sol, des techniques de filtration/traitement existent déjà, principalement pour les PFAS à chaîne longue.
- Dépolluer des PFAS à chaîne courte est bien plus complexe et couteux que dépolluer des PFAS à chaîne longue.
- La destruction des PFAS est un casse-tête technique et logistique, d’autant plus compte tenu des volumes en jeu.
Dans le sol, les techniques sont au stade expérimental
Les sols sont pollués par les rejets industriels, les mousses anti-incendie, les pesticides PFAS — dont nous avons déjà parlé — mais aussi par les boues d’épuration.Les déchets solides des stations d’épuration, aussi appelés « boues », sont riches en matières organiques, en azote et en phosphore, qui sont des nutriments indispensables pour fertiliser le sol. Ainsi, les experts environnementaux comme ceux qui travaillent pour l’ADEME encouragent les agriculteurs à épandre les boues d’épuration sur leurs champs, au lieu d’utiliser des engrais de synthèse.
Aujourd’hui, 73% des boues d’épuration produites en France sont épandues pour un usage agricole18Denis, B. (2025, 23 octobre). Boues d’épuration : une aubaine pour les terres agricoles ? – Encyclopédie de l& # 039 ; environnement. Encyclopédie de L’environnement. https://www.encyclopedie-environnement.org/sol/boues-epuration-aubaine-terres-agricoles/. Or, on s’aperçoit que certaines boues sont particulièrement chargées en PFAS et constituent ainsi une source de contamination majeure pour le sol et ce qui y pousse. Une situation rencontrée par des betteraviers dans l’Aube, selon une enquête de France 3 Champagne-Ardenne, en partenariat avec Disclose 19Rosso, E. (2025, 9 octobre). ENQUÊTE PFAS : des terres aux betteraves, le géant du sucre Cristal Union dans l’engrenage de la pollution éte. France 3 Grand Est. https://france3-regions.franceinfo.fr/grand-est/aube/enquete-pfas-des-terres-aux-betteraves-le-geant-du-sucre-cristal-union-dans-l-engrenage-de-la-pollution-eternelle-3229952.html.
Pour dépolluer un sol, la principale méthode consiste à excaver la terre contaminée et à la « laver ». Cela permet de séparer les PFAS — principalement ceux à chaînes longues — de la terre et de les transférer dans une eau de lavage. C’est ce qui est réalisé autour de l’usine 3M à Zwijndrecht en Belgique où certaines zones sont « scalpées » sur une profondeur comprise entre 30 et 70 centimètres20Horel, S., & Aubert, R. (2025, 16 janvier). La pollution aux PFAS plonge la Flandre dans un désastre dystopique. Le Monde.fr. https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2025/01/15/excaver-les-sols-changer-l-eau-des-lacs-ne-pas-jouer-dehors-la-pollution-aux-pfas-plonge-la-flandre-dans-un-desastre-dystopique_6498670_4355770.html. Le coût associé est majeur : 3 milliards d’euros pour dépolluer les sols dans le voisinage de l’usine, selon les informations du Monde.
D’autres méthodes (électroremédiation, absorption par les plantes, etc.) existent à des stades expérimentaux uniquement.
Dans l’eau, les techniques de filtration des PFAS progressent
On sait aujourd’hui retirer des PFAS de l’eau, qui reste l’une des principales sources d’exposition de la population.
3 méthodes sont utilisées pour filtrer les PFAS dans l’eau :
- Charbon actif. La surface poreuse du charbon actif va fixer les PFAS par adsorption. Il s’agit d’une technique mature, simple à mettre en œuvre mais relativement peu efficace sur les PFAS à chaîne courte.
- Résines échangeuses d’ions. Ces résines sont constituées de microbilles chargées positivement qui attirent et retiennent les PFAS, souvent chargés négativement. Le procédé n’est cependant pas autorisé en France à ce jour.
- Nanofiltration / osmose inverse. Des membranes semi-perméables retiennent les PFAS en filtrant l’eau sous pression. Technique la plus efficace mais aussi la plus énergivore et donc la plus coûteuse.
Ces techniques peuvent être combinées pour gagner en efficacité. Enfin, d’autres techniques sont prometteuses, comme l’oxydation avancée ou la concentration par magnétisme par exemple.
Toutes ces techniques concentrent les PFAS dans les charbons actifs usagés ou dans des liquides pour l’osmose inverse (appelés « concentrats »). Ces « supports » sont très fortement chargés en PFAS. Or, par manque d’infrastructure pour les traiter, ils sont souvent rejetés sans traitement spécifique (en décharge, dans les cours d’eau, etc.).
Le casse-tête de la destruction définitive des PFAS, qui doivent être incinérés à 1400°C
Détruire un PFAS correspond au fait de casser toutes les liaisons carbone – fluor et carbone – carbone pour obtenir ensuite d’autres molécules, comme le dioxyde de carbone et le fluorure d’hydrogène. On appelle cela la « minéralisation des PFAS ».
Cette minéralisation peut avoir lieu dans un incinérateur à très haute température si certaines conditions sont respectées (oxygène en excès, mélange parfait, etc.)
Attention, si la minéralisation n’est pas « complète », les substances PFAS ne sont détruites que partiellement et peuvent mener à la formation d’autres PFAS, à chaîne plus courte.
Les conditions pour assurer la destruction complète des PFAS sont encore débattues. Il ressort toutefois de la littérature qu’une température très élevée (1400°C) garantit la minéralisation complète, qui pourrait aussi advenir à partir de 1100°C. En revanche, les températures de combustion des incinérateurs classiques, tels que les incinérateurs d’ordures ménagères (entre 750°C et 1100°C) ou de boues d’épuration (habituellement entre 850 et 900°C) ne sont pas suffisantes pour garantir une minéralisation complète de tous les PFAS21Etude bibliographique sur la thermodégradation des PFAS | Ineris. (s. d.). https://www.ineris.fr/fr/etude-bibliographique-thermodegradation-pfas.
On est donc face à un problème logistique — car il n’existe actuellement qu’une poignée d’incinérateurs chauffant à plus de 1100°C en France — mais aussi énergétique. En effet, l’atteinte de telles températures nécessite une quantité d’énergie importante, principalement issue d’énergies fossiles, et donc fortement génératrice de gaz à effet de serre.
Un enjeu de volumes
C’est surtout lorsqu’on se confronte aux volumes à dépolluer que l’on s’aperçoit de l’immensité de la tâche.
- On consomme en France chaque année environ un milliard de m³ d’eau potable 22L’eau en France : ressource et utilisation – Synthèse des connaissances en 2024. (s. d.). Données et Études Statistiques Pour le Changement Climatique, L’énergie, L’environnement, le Logement, et les Transports. https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/leau-en-france-ressource-et-utilisation-extrait-du-bilan-environnemental-2024.
- Le Forever Pollution Project identifie environ 1 800 sites contaminés en Europe qui nécessiteraient une dépollution prioritaire. Or, rien que pour l’usine 3M à Zwijndrecht en Belgique, ce sont 500 000 tonnes de sols contaminés qui sont à traiter.
- On estime qu’environ 700 000 tonnes de matière sèche de boues d’épuration sont épandues chaque année dans les champs français. On ne dispose pas de chiffres complets sur la présence de PFAS dans les boues mais une part importante est susceptible de contenir des PFAS.
Le chantier s’annonce colossal.
La facture de la dépollution s’annonce salée
Selon les différentes études existantes, le coût de la dépollution en Europe se situera entre 90 et 2 000 milliards d’euros sur 20 ans.
Une dépollution minimaliste coûterait ~ 90 milliards d’euros.
- 80 milliards d’euros entre 2024 et 2030 pour le scénario 1 « business-as-usual » de l’étude pour la Commission européenne23European Commission: Directorate-General for Environment, WSP, Ricardo and Trinomics, The cost of PFAS pollution for our society – Final report, Publications Office of the European Union, 2026, https://data.europa.eu/doi/10.2779/9590509, qui consiste à dépolluer l’eau et le sol des PFAS historiques uniquement.
- 95 milliards d’euros entre 2025 et 2045 pour le scénario « PFAS historiques » du Forever Pollution Project, qui consiste à dépolluer l’eau et le sol des PFAS historiques uniquement.
Une dépollution ambitieuse coûterait entre 1 500 et 2 000 milliards d’euros.
- ~ 1 500 milliards d’euros entre 2024 et 2030 pour le scénario 3 « Respect des Normes de Qualité Environnementale » de l’étude pour la Commission européenne, qui consiste en une dépollution des eaux de surface et souterraines.
- 2 000 milliards d’euros entre 2025 et 2045 pour le scénario « PFAS émergents » du Forever Pollution Project, qui consiste à dépolluer l’eau et le sol des PFAS historiques et émergents (dont le TFA).
Pour la France, cela reviendrait à 710 millions d’euros par an pour une dépollution minimaliste et 12,2 milliards d’euros par an pour une dépollution ambitieuse, qui implique une généralisation de la coûteuse technologie d’osmose inverse. En effet, d’après la littérature sur les meilleures techniques de dépollution disponibles, le coût de dépollution des PFAS à chaîne courte est 30 fois supérieur à celui de la dépollution des PFAS à chaîne longue24PFAS Detection and Remediation : What we know and what we still need to learn ? (2025). EU Open Research Repository.. Or, aujourd’hui, c’est la pollution à des PFAS à chaîne ultra courte — comme le TFA — qui semble être la plus généralisée.
Si la fourchette basse (710 millions d’euros par an) semble douloureuse mais acceptable, la fourchette hausse (12,2 milliards d’euros par an) paraît hors de portée dans le contexte budgétaire actuel.
Comprendre le calcul du coût de la dépollution de The Forever Pollution Project
Le travail mené par le consortium The Forever Pollution Project comporte plusieurs axes. L’un d’entre eux consiste à chiffrer le coût de la dépollution aux PFAS. Un calcul inédit et pourtant essentiel dans une période où les finances publiques sont particulièrement scrutées.
La méthodologie est présentée sur leur site25The Cost Methodology; The Forever Pollution Project. (s. d.). The Forever Pollution Project. https://foreverpollution.eu/lobbying/the-cost-methodology/.
Les auteurs de l’analyse ont commencé par définir deux scénarios :
- PFAS historiques. Ce scénario prend en compte le traitement de la pollution aux PFAS les plus considérés jusqu’à présent, c’est-à-dire les PFAS à chaîne longue comme le PFOS et le PFOA. Dans ce scénario, on fait l’hypothèse que les émissions de PFAS cessent immédiatement et que seuls les PFAS historiques posent problème. Il s’agit donc d’un scénario plancher.
- PFAS émergents. Ce scénario s’intéresse, en complément de la pollution aux PFAS historiques, au traitement de la pollution aux PFAS qui ne sont pas encore considérés, notamment les PFAS à chaîne courte comme le TFA. Le niveau d’incertitude est ici plus élevé car l’infrastructure de traitement et d’assainissement n’existe pas encore.
Les estimations de coûts sont menées dans cinq compartiments à dépolluer :
- sols les plus contaminés (« Soils ») ;
- eau potable (« Drinking Water ») ;
- boues d’épuration (« Wastewater Biosolids ») ;
- eaux usées des stations d’épuration (« Wastewater Effluent ») ;
- écoulements des décharges (« Landfill Leachate »).
À noter, les compartiments à dépolluer diffèrent dans les deux scénarios :
| Scénario « PFAS historiques » | Scénario « PFAS émergents » | |
|---|---|---|
| Sols les plus contaminés 1 800 sites prioritaires en Europe (sites de production de PFAS, sites de consommation de PFAS, bases militaires, etc.) | ✅ | ✅ |
| Eau potable 5% des réseaux uniquement | ✅ | ✅ |
| Écoulements des décharges | ✅ | ✅ |
| Boues d’épuration | ❌ | ✅ |
| Eaux usées des stations d’épuration | ❌ | ✅ |
Différentes valeurs de coût, issues de la littérature existante, sont utilisées. Par exemple 8€ par m³ de sol traité dans le scénario « PFAS émergents ».
Les coûts sont présentés sous forme de coûts annuels. Au final, les auteurs obtiennent les valeurs suivantes pour la France :
- 710 millions d’euros par an, pour le scénario « PFAS historiques »
- 12,2 milliards d’euros par an, pour le scénario « PFAS émergents »
Selon les auteurs, il s’agit de valeurs probablement sous-estimées, tant notre compréhension actuelle de l’état de la pollution, notamment celle liée aux PFAS émergents, est limitée.
Enfin, notons aussi que l’analyse ne prend pas en compte la pollution plus diffuse sur le territoire. Par exemple, l’utilisation de pesticides-PFAS engendre une pollution bien au-delà des cinq compartiments étudiés.
Les résultats sont détaillés dans un article du journal Le Monde26Aubert, R., & Horel, S. (2025, 14 janvier). PFAS : en France, le coût de la décontamination largement sous-estimé. Le Monde.fr. https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2025/01/14/pfas-en-france-le-cout-de-la-decontamination-largement-sous-estime_6497851_4355770.html :
| Scénario « PFAS historiques » (en millions d’€) | Scénario « PFAS émergents » (en millions d’€) | |
|---|---|---|
| Sols les plus contaminés 1 800 sites prioritaires en Europe (sites de production de PFAS, sites de consommation de PFAS, bases militaires, etc.) | 650 | 2 400 |
| Eau potable 5% des réseaux uniquement | 55 | 2 800 |
| Écoulements des décharges | 5 | 14 |
| Boues d’épuration | ❌ | 3 000 |
| Eaux usées des stations d’épuration | ❌ | 4 000 |
| Total | 710 millions de € | 12 200 millions d’€ |
Qui paiera la facture ?
Pour le moment, cette charge repose en partie sur les collectivités et les habitants.
Le prix moyen de l’eau en France augmente de 4 à 5% chaque année depuis 2020.27Rapport national de l’Observatoire (Edition juin 2025). (s. d.). Observatoire Sispea. https://www.services.eaufrance.fr/rapport-national et il faut s’attendre à ce que cette augmentation se poursuive, comme le confirme le président du syndicat d’assainissement de la région parisienne28« Une petite augmentation chaque année » sur la facture d’eau pour 9 millions de Franciliens. (2025, 3 octobre). ICI, le Média de la Vie Locale. https://www.francebleu.fr/emissions/l-invite-d-actu-ici-paris-ile-de-france/une-petite-augmentation-chaque-annee-sur-la-facture-d-eau-pour-9-millions-de-franciliens-1839198.
Face à cela, des associations comme UFC-Que Choisir appellent à une application plus stricte du principe pollueur-payeur29Gaborit, Z. (2025, 22 novembre). « Marre de trinquer pour les pollueurs » : l’UFC-Que Choisir veut mieux répartir le coût de dépollution de l’eau potable. ICI, le Média de la Vie Locale. https://www.francebleu.fr/infos/environnement/marre-de-trinquer-pour-les-pollueurs-l-ufc-que-choisir-veut-mieux-repartir-le-cout-de-depollution-de-l-eau-potable-1410109.
De leur côté, les industriels peuvent aussi s’attendre à une augmentation de leurs charges pour le traitement de leurs effluents.
C’est surtout lorsqu’on se confronte aux volumes à dépolluer que l’on s’aperçoit de l’immensité de la tâche.
Réactions
Citoyens et élus se mobilisent
- Des cas de contamination aux PFAS se multiplient en France et en Europe, en premier lieu à proximité des sites de production de PFAS mais pas seulement.
- Les riverains de ces zones s’organisent sous forme de collectifs et mènent des actions en justice contre les sites industriels à l’origine des pollutions.
- Dans le cas de l’entreprise Miteni en Italie, les cadres de l’entreprise ont été condamnés à des peines de prison ferme.
Les problèmes sanitaires se multiplient, les procès aussi
Depuis quelques années, des situations de pollution locale préoccupantes se sont multipliées, créant à chaque fois des épisodes douloureux pour les populations.
En France
La France compte une dizaine de hotspots, des zones où une pollution préoccupante aux PFAS est établie ou suspectée.
Les hotspots de pollution aux PFAS en France
Il existe encore 3 sites qui fabriquent des PFAS en France, essentiellement des fluoropolymères de haute performance :
- Le site de Syensqo (anciennement Solvay) à Tavaux dans le Jura. Le site fabrique des fluoropolymères, notamment le polyfluorure de vinylidène (PVDF) très utilisé dans les industries de haute technologie et les batteries lithium-ion.
- Le site d’Arkema à Pierre-Bénite dans le Rhône. Le site est lui aussi spécialisé dans la fabrication de polyfluorure de vinylidène. Il produisait aussi des gaz fluorés mais a arrêté sa production fin 2025.
- Le site de Daikin à Pierre-Bénite dans le Rhône. Le site fabrique des fluoropolymères, plus précisément des élastomères fluorés (polymères souples).
Deux autres sites ont annoncé leur fermeture récemment :
- Le site de Chemours à Villiers-Saint-Paul dans l’Oise. Début 2025, Chemours a annoncé la fermeture imminente de ce site, qui produisait des PFAS non polymères30Caillieret, L. (2025, 27 février). Pollution aux PFAS : l’usine Chemours annonce sa fermeture dans l’année, 59 emplois sont menacés. France 3 Hauts-de-France. https://france3-regions.franceinfo.fr/hauts-de-france/oise/pollution-aux-pfas-l-usine-chemours-annonce-sa-fermeture-dans-l-annee-59-emplois-sont-menaces-3114778.html.
- Le site de Solvay à Salindres. Fin 2024, Solvay a annoncé la fermeture de ce site, qui produisait des PFAS non polymères et notamment du TFA31Update on the closure of the Solvay site in Salindres. (s. d.-b). Solvay. https://www.solvay.com/fr/tfa/point-situation-solvay-salindres.
Au delà de ces cinq sites de production, on trouve d’autres exemples de sites préoccupants en France :
- Le site de BASF à Saint-Aubin-Lès-Elbeuf, en Normandie, qui fabrique des pesticides de synthèse dont des pesticides-PFAS. Le site est connu pour avoir rejeté vers la station d’épuration d’une entreprise voisine — Euroapi, spécialiste des principes actifs pharmaceutiques — une quantité de 176 kg de TFA sur une seule journée. La station d’épuration n’étant pas équipée pour traiter ces PFAS, des quantités allant jusqu’à 87 kg/j de TFA ont été émises directement dans la Seine32(2024, 26 novembre). Rejets de PFAS dans l’environnement – Générations Futures. Générations Futures. https://www.generations-futures.fr/actualites/rejets-pfas-tfa/.
- Le site de Finorga à Mourenx, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui fabrique des principes actifs pour l’industrie pharmaceutique. Ce site est connu pour avoir rejeté 2,2 kg de TFA sur une seule journée33Aubert, R. (2025, 1 avril). PFAS : un nouveau site « super-émetteur » identifié à Mourenx dans les Pyrénées-Atlantiques. Le Monde.fr. https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2025/04/01/pfas-un-nouveau-site-super-emetteur-identifie-a-mourenx-dans-les-pyrenees-atlantiques_6589142_4355770.html. Là encore, les rejets sont envoyés vers une station de traitement qui n’est pas conçue pour traiter les PFAS.
- Enfin, le site de SEB à Rumilly, en Haute-Savoie, qui fabrique des ustensiles de cuisine, dont certains avec des revêtements en PTFE. L’Agence régionale de santé a fait réaliser en 2022 plusieurs mesures sur le réseau public d’eau potable de Rumilly et y a relevé des teneurs significatives en PFOA 34PFAS : Focus sur la situation à Rumilly (Haute-Savoie). (s. d.). Agence Régionale de Santé Auvergne-Rhône-Alpes. https://www.auvergne-rhone-alpes.ars.sante.fr/pfas-focus-sur-la-situation-rumilly-haute-savoie.
Les riverains de sites industriels s’organisent sous la forme d’associations (Ozon l’eau saine, PFAS contre terre, Victimes PFAS, etc. ) et demandent légitimement plus de transparence de la part des sites industriels, ainsi qu’un soutien renforcé de la part de autorités. L’une des revendications de ces associations est le remboursement des analyses de PFAS dans le sang, qui coûtent environ 100€ pour une personne.
Des mesures sont déjà prises pour protéger les riverains de ces hotspots. Dans la vallée de la chimie, au sud de Lyon, les autorités locales déconseillent notamment de consommer des fruits et légumes produits localement35Sillières, A. (2024, 5 mars). À Lyon, les fruits et légumes des potagers déconseillés à la consommation à cause des polluants éternels. Le Figaro. https://www.lefigaro.fr/lyon/a-lyon-les-fruits-et-legumes-des-potagers-deconseilles-a-la-consommation-a-cause-des-polluants-eternels-20240305. En février 2026, près de 200 riverains ont décidé d’assigner Arkema et Daikin en justice, dans ce qui s’annonce être l’un des plus grands procès civils d’Europe contre les PFAS. 36Delvaux, É. (2026, 31 janvier). PFAS : près de 200 riverains de la « vallée de la chimie » , près de Lyon, assignent Arkema et Daikin en justice. France Inter. https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/pfas-pres-de-200-riverains-de-la-vallee-de-la-chimie-pres-de-lyon-assignent-arkema-et-daikin-en-justice-5372087.
Néanmoins, la pollution n’est pas limitée à ces hotspots, elle est beaucoup plus diffuse sur le territoire. Dans les Ardennes, plusieurs communes sont confrontées à une contamination de leur eau potable. Depuis l’été 2025, les habitants de ces communes ont l’interdiction de boire l’eau de leur robinet et de l’utiliser pour préparer des biberons 37PFAS dans l’eau : la situation dans les Ardennes. (s. d.). Agence Régionale de Santé Grand Est. https://www.grand-est.ars.sante.fr/pfas-dans-leau-la-situation-dans-les-ardennes. La piste privilégiée pour expliquer cette pollution est l’épandage de boues issues d’une ancienne papeterie sur des sols agricoles situés à proximité de captages d’eau potable.
En Belgique
La ville de Zwijndrecht, dans la province d’Anvers en Belgique, est connue pour être un hotspot majeur de pollution aux PFAS. Un site de l’entreprise 3M y a produit des PFAS, notamment des PFOS, entre 1970 et 2024. Des analyses ont été menées et ont révélé des concentrations particulièrement élevées dans les sols, dans les eaux et dans le sang des personnes vivant à proximité du site.
Les consignes données à la population locale illustrent le niveau de préoccupation des autorités sanitaires : ne laissez pas vos enfants jouer dehors par temps sec, ne jardinez pas, évitez de souffler sur la terre, etc38Horel, S., & Aubert, R. (2025, 16 janvier). La pollution aux PFAS plonge la Flandre dans un désastre dystopique. Le Monde.fr. https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2025/01/15/excaver-les-sols-changer-l-eau-des-lacs-ne-pas-jouer-dehors-la-pollution-aux-pfas-plonge-la-flandre-dans-un-desastre-dystopique_6498670_4355770.html.
En Italie
Le cas de l’entreprise Miteni est l’un des plus marquants en matière de pollution aux PFAS en Europe. Dans le nord-est de l’Italie, dans la région de Vénétie, le site de l’entreprise Miteni a produit des PFAS, notamment du PFOA, depuis 1960.
En 2013, les autorités régionales ont identifié que l’eau potable et les nappes phréatiques autour du site étaient fortement contaminées. Des analyses sanguines ont ensuite révélé des concentrations extrêmement préoccupantes. Les riverains se sont ensuite mobilisés, notamment via le collectif « Mamme No PFAS » constitué de parents témoignant de l’exposition de leurs enfants.
Un procès pénal majeur s’est ouvert en 2021. Verdict ? 11 dirigeants ont été condamnés à des peines de prison allant de 2 à 17 ans pour pollution de l’eau, destruction de l’environnement, empoisonnement des eaux et gestion illégale des déchets. Au total, la contamination aurait concerné près de 350 000 habitants.
Les appels pour une réglementation plus protectrice
Face à ces problèmes, les appels pour une réglementation plus protectrice se multiplient. Les avis des professionnels de santé et des associations convergent vers la nécessité d’une réglementation « universelle », telle que celle proposée en 2023 par le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège et la Suède.
Ce projet de réglementation « universelle » comporte deux spécificités clés :
- une approche « par classe », qui concerne tous les PFAS au lieu de les interdire un par un, afin d’éviter les substitutions regrettables (remplacer un PFAS interdit par un autre très similaire) ;
- une interdiction large par défaut (d’où le caractère « universel »), puis, des exceptions ciblées notamment sur les secteurs considérés comme essentiels et pour lesquels les alternatives disponibles ne sont pas satisfaisante.
Pourquoi une approche « par classe » et non pas « substance par substance » ?
Quand le PFOA a été interdit, certains industriels l’ont remplacé par un autre PFAS : le GenX. Développé par Chemours — filiale du groupe DuPont — suite au scandale présenté précédemment, le GenX a une composition chimique différente du PFOA tout en conservant des caractéristiques communes, comme la présence de liaisons carbone-fluor.
Les industriels adoptant le GenX dans leurs procédés insistaient alors sur la différence entre le PFOA et le GenX et sa supposée non-toxicité. En réalité, le GenX ne pouvait pas être considéré comme toxique simplement car sa toxicité n’avait pas pu être étudiée.
Quelques années plus tard, l’Agence européenne des produits chimiques a classé le GenX comme « substance extrêmement préoccupante », ce que Chemours a contesté dans la foulée 39PFAS : une nouvelle victoire juridique pour nos collègues européens – Générations Futures. (2023, 9 novembre). Générations Futures. https://www.generations-futures.fr/actualites/pfas-genx-victoire/. On parle alors de « substitution regrettable ».
Cet exemple illustre le risque d’une approche « substance par substance », parfois appelée « bureaucratie moléculaire », qui impliquerait de devoir prouver la toxicité de chaque PFAS via des études de toxicologie et/ou d’épidémiologie. Au vu du temps et du budget nécessaires à la tâche, cette approche ne pourrait pas être mise en œuvre.
C’est pourquoi, pour protéger les populations, la réglementation doit suivre une approche « par classe », c’est-à-dire qui concerne tous les PFAS et pas uniquement certains.
