PFAS dans la Meuse : de la papeterie à l’assiette.
Dans la Meuse, une papeterie qui fabriquait des emballages alimentaires anti-graisse a pollué les champs agricoles voisins.
Ce transfert de PFAS a été mis en lumière par une enquête des médias France 3 et Disclose.
Nous vous la présentons, en y apportant un éclairage complémentaire.
Dans la Meuse, la papeterie de la ville de Stenay produisait des papiers et cartons, notamment des emballages alimentaires résistants à l’humidité, aux liquides gras, ou encore aux flammes1 Dans la Meuse, la papeterie de Stenay menacée de fermeture dix mois après son rachat. (2024, 5 septembre). https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/09/05/dans-la-meuse-la-papeterie-de-stenay-menacee-de-fermeture-dix-mois-apres-son-rachat_6304820_3234.html.
Cette papeterie presque centenaire était le symbole historique du dynamisme industriel de la Meuse. Elle a fermé ses portes en 2024 des suites d’une liquidation judiciaire2 Dans la Meuse, la liquidation de la papeterie Stenpa entraîne la suppression de 124 emplois. (2024, 9 novembre). https://www.usinenouvelle.com/article/dans-la-meuse-la-liquidation-de-la-papeterie-stenpa-entraine-la-suppression-de-124-emplois.N2222054.
Plus d’un an après sa liquidation, une enquête révèle la pollution aux PFAS qu’elle a engendré et ses conséquences sur les populations locales.

Pourquoi les déchets des papeterie finissent dans les champs ?
La production de papier et d’emballage nécessitent un volume d’eau important. Ce processus génère ainsi des eaux usées qu’on appelle couramment des « boues d’épuration ». Cette papeterie dans la Meuse en a générées plus de 350 000 tonnes en trente ans.
Les boues d’épuration pour nourrir les sols agricoles
Toutes les papeteries doivent évacuer leurs boues d’épuration. Pour cela, il y a traditionnellement deux options :
- les envoyer à un centre de traitement ;
- les proposer à des agriculteurs pour qu’ils les épandent sur leurs champs.
Cette dernière option est une pratique encouragée par les autorités françaises depuis les années 903 Arrêté du 8 janvier 1998 fixant les prescriptions techniques applicables aux épandages de boues sur les sols agricoles pris en application du décret n° 97-1133 du 8 décembre 1997 relatif à l’épandage des boues issues du traitement des eaux usées. (1997, 8 décembre). https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000570287 4 Epandage des boues d’épuration : présentation générale. https://assainissement.developpement-durable.gouv.fr/pages/data/page.php?idPage=22#:~:text=L) car elle permet d’apporter de la matière organique et des nutriments favorisant le développement des cultures. Les boues étant riches en azote et en potassium, leur épandage permet de réutiliser ces déchets comme des fertilisants.
Cette pratique a longtemps été perçue comme gagnante-gagnante :
- l’usine pouvait ainsi se débarrasser de ces boues sans payer le recyclage onéreux de ses déchets industriels ;
- les agriculteurs bénéficiaient d’un engrais à moindre coût.
Une pratique controversée
Les conséquences négatives de cette pratique ne concernent pas uniquement les PFAS.
En effet, les déchets industriels sont généralement composés d’autres produits chimiques pouvant être nocifs pour la santé des consommateurs. Ces substances se retrouvent donc également épandues dans les champs.
Progresser sur les enjeux de santé environnementale demeure donc essentiel pour limiter durablement l’exposition des populations.
Surtout pour des boues chargées en PFAS
Pour rendre des emballages résistants à la graisse ou à l’eau, la pratique courante est d’utiliser des PFAS. Ils ont la spécificité d’être hydrophobes (repoussant l’eau) et oléophobes (repoussant l’huile).
Les papeteries utilisent des PFAS qui se retrouvent à la fois dans les emballages et dans les boues d’épuration.
Des PFAS s’infiltrent ensuite dans les champs. Comme ils ont la particularité de ne pas se dégrader et d’être mobiles, ils s’accumulent dans l’eau, le sol et les légumes cultivés dans ces terres.

Vous souhaitez en savoir plus sur les propriétés des PFAS
Découvrez notre page Les PFAS, de quoi parle-t-on ? →
Les révélations de l’enquête menée par Disclose et France 3
Autour de Stenay, cette accumulation de PFAS s’est retrouvée dans les cultures et dans le sang des consommateurs ce qui a contraint des exploitations à fermer.
C’est la sombre histoire que les journalistes Nicolas Cossic (collectif Enketo) et Émilie Rosso (France 3) ont révélé le mois dernier5 PFAS : nos analyses exclusives dévoilent une contamination omniprésente dans les Ardennes et la Meuse. (2026, 25 février). https://disclose.ngo/fr/article/pfas-des-analyses-exclusives-devoilent-une-contamination-omnipresente-dans-les-ardennes-et-la-meuse.
D’après cette enquête menée conjointement par Disclose et France 3, parmi les 100 sites industriels émettant le plus de PFAS en France, 23 ont épandu leurs déchets dans les champs ces dernières années.
Cela signifie que des déchets toxiques contenant des PFAS ont potentiellement fini dans les champs 6 Pollution aux PFAS dans les champs : « Le monde agricole va tomber de haut ». (2026, 4 mars). https://disclose.ngo/fr/article/pollution-aux-pfas-dans-les-champs-le-monde-agricole-va-tomber-de-haut.
Cela montre que l’épandage de boues industrielles contenant des PFAS dans les champs reste une pratique courante.
Parmi les 100 sites industriels émettant le plus de PFAS en France, 23 ont épandu leurs déchets dans les champs ces dernières années.
Enquête menée par Émilie Rosso et Nicolas Cossic (France 3 et Disclose)
Peut-on encore assister à ce type de pollution demain ?
Ce type de transfert de PFAS pourrait encore se produire, mais plus pour longtemps.
Une interdiction européenne prévue en 2026
Dès le 12 août 2026, le règlement européen sur les emballages interdira les PFAS dans les emballages alimentaires à l’échelle de l’Union européenne.
Il ne devrait donc plus y avoir de PFAS présents dans les déchets industriels des papeteries.
Il s’agit d’une réelle avancée pour réduire la pollution chimique et protéger la santé des Européens.
Produire des emballages sans PFAS est possible
Des entreprises sont déjà positionnées
Le PFAS-free un marché en pleine expansion
Cette dynamique montre que les emballages sans PFAS représentent un marché en pleine expansion.
En effet, d’après une estimation du Grand View Research, ce marché représentait 42 milliards de $ en 2025 et devrait atteindre les 59 milliards de $ en 20307 Pollution aux PFAS dans les champs : « Le monde agricole va tomber de haut ». (2026, 4 mars). https://www.grandviewresearch.com/industry-analysis/pfas-free-food-packaging-market-report.
Ce marché devrait d’autant plus prendre de l’ampleur dans le cadre de l’application du règlement européen portant sur l’interdiction des PFAS dans les emballages alimentaires.
