290 000 tonnes de PFAS sont consommées en Europe

Un peu plus de la moitié de la consommation européenne est produite à l’intérieur de l’UE, le reste étant importé.

24 secteurs d’usage de PFAS

Cette quantité de PFAS est utilisée par un grand nombre d’industries, notamment par quatre secteurs (textile et cuir, gaz fluorés, composants et fluides de véhicule, produits d’étanchéité) qui représentent les deux tiers de la demande.

D’où viennent ces données ?

L’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a estimé d’une part les volumes de PFAS produits en Europe et d’autre part les volumes de PFAS consommés en Europe en 2020.

La consommation est étudiée pour 22 secteurs d’usage, comme l’industrie textile ou l’industrie cosmétique. Ces 22 secteurs d’usage sont présentés dans notre article dédié au projet de restriction à l’échelle européenne.

Plusieurs secteurs d’usage de PFAS n’ont pas été étudiés dans le cadre de ce projet de restriction :

  1. Les PFAS utilisés dans les mousses anti-incendie car il s’agit d’un usage déjà couvert par une réglementation1Règlement (UE) n° 2025/1988 du 02/10/25 modifiant l’annexe XVII du règlement (CE) n° 1907/2006 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les substances per- et polyfluoroalkylées dans les mousses anti-incendie.
  2. Les PFAS utilisés dans les pesticides (qu’on appelle alors des « pesticidesPFAS »), sans qu’une explication soit fournie par l’agence européenne concernant cette exclusion.

Nous avons compilé les chiffres issus du projet de restriction à l’échelle européenne, ainsi que ceux sur les deux secteurs n’ayant pas été étudiés dans ce cadre.

Pour les PFAS dans les mousses anti-incendie, un règlement européen fournit des données sur les volumes. Pour les pesticides PFAS, il y a malheureusement peu de données disponibles. Nous avons alors retenu une valeur qui semble sous-évaluée, issue d’un rapport2Europe’s Toxic Harvest : Unmasking PFAS Pesticides Authorised in Europe. (2025, 14 juillet). PAN Europe. https://www.pan-europe.info/resources/reports/2023/11/europes-toxic-harvest-unmasking-pfas-pesticides-authorities-europe des ONG PAN Europe et Générations Futures.

Cela nous permet de vous fournir ci-contre une vue d’ensemble sur la situation en Europe en 2020.

Ces secteurs rejettent des PFAS ou fabriquent des produits qui en rejetteront en fin de vie

Comme expliqué dans la partie 1, les sites qui utilisent des PFAS dans leurs procédés de fabrication peuvent en émettre dans l’environnement (déchets, fuites, etc.). Le reste est intégré à leurs produits, qui finiront par en rejeter en fin de vie.

D’après le scénario tendanciel, la consommation de PFAS pourrait se renforcer dans certains secteurs

Comme expliqué dans la partie 1, si on suit la tendance actuelle, les rejets de PFAS en Europe seront multipliés par 5 d’ici 2070.

Cette augmentation est notamment liée au développement majeur de certaines technologies dans les décennies à venir, comme notamment les batteries lithium-ion.

Certains secteurs sont déjà visés par des réglementations

En France, depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, des interdictions à la fabrication, à l’importation, à l’exportation et à la mise sur le marché sont mises en place sur certains secteurs : cosmétiques, farts de ski, ainsi que sur les vêtements, les chaussures et leurs agents imperméabilisants. Cette interdiction sera étendue au 1ᵉʳ janvier 2030 à tous les textiles non techniques3vie-publique.fr. (2025, 4 mars). Loi du 27 février 2025 visant à protéger la population des risques liés  aux substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées (PFAS). https://www.vie-publique.fr/loi/293656-pfas-polluants-eternels-loi-ecologiste-du-27-fevrier-2025.

Au niveau européen, il n’est plus possible non plus d’utiliser des PFAS dans les mousses anti-incendie4Règlement (UE) n° 2025/1988 du 02/10/25 modifiant l’annexe XVII du règlement (CE) n° 1907/2006 du Parlement européen et du Conseil en ce qui concerne les substances per- et polyfluoroalkylées dans les mousses anti-incendie.

Dans de nombreux cas, des alternatives aux PFAS existent déjà

Si les « super-pouvoirs » des PFAS sont certains, ces substances peuvent parfois être remplacées par d’autres en conservant un niveau de performance adapté à l’usage recherché.

C’est notamment l’objet du projet européen ZeroPM. Les chercheurs mobilisés dans ce projet — dont Romain Figuière, membre du comité scientifique de bye bye PFAS — ont suivi le cheminement suivant :

  • Ils listent les différents applications des PFAS dans les produits et dans les procédés industriels. Ils ont ainsi listé 325 applications différentes, répartie en 18 catégories d’usage (ex : revêtement et peinture).
  • Pour chaque applications, ils spécifient la fonction du PFAS utilisé (imperméabilisant, stabilisateur de chaleur, etc.).
  • Ensuite, ils identifient des alternatives qui permettent de répondre à la fonction recherché à partir d’une liste de 530 alternatives potentielles.

Résultats :

  • Des alternatives appropriées — en matière de performance et de disponibilité — ont déjà été identifiée pour 40 applications différentes.
  • Pour 83 applications, aucune alternative n’a pu être identifiée au moment de l’étude, et celles-ci devraient faire l’objet de recherches supplémentaires.

Leur travail, toujours en cours, est disponible sous la forme d’un tableur en libre accès5Figuière, R., Miaz, L., Savvidou, E., & Cousins, I. (2024). Database of alternatives to persistent, mobile and toxic (PMT) substances, and to per- and polyfluoroalkyl substances (PFAS). Zenodo. https://doi.org/10.5281/zenodo.10852739.

L’évidence de la substitution dépend des secteurs et des usages

Plusieurs organisations ont cherché à évaluer la disponibilité des alternatives par secteur et le coût de ces alternatives par rapport aux produits comportant des PFAS auxquels elles se substituent. Voici une synthèse des connaissances actuelles, fondée sur une étude de l’ONG Chemsec6Chemsec. (s. d.). https://www.slideshare.net/slideshow/oecd-global-forum-on-the-environment-dedicated-to-per-and-polyfluoroalkyl-substances-available-pfas-alternatives-and-innovation-needs-anna-lennquist/266308319#9 et une étude du cabinet Systemiq7Systemiq. (2025). Invisible ingredients: Tackling toxic chemicals in the food system, https://www.systemiq.earth/reports/downloads/Systemiq-Invisible_Ingredients-Tackling_toxic_chemicals_in_the_food_system-EN.pdf.

Les substitutions déjà disponibles, ou low-hanging fruits

Des alternatives sont déjà disponibles à des coûts compétitifs dans plusieurs secteurs, notamment :

  • Gaz fluorés ;
  • Textile et cuir ;
  • Emballages alimentaires ;
  • Matériaux de construction ;
  • Cosmétiques ;
  • Farts de ski ;
  • Produits et revêtements métalliques ;
  • Applications d’étanchéité ;

Attention, si des alternatives sont disponibles dans ces secteurs, cela ne signifie pas pour autant que l’ensemble des PFAS utilisés dans chaque secteur sont substituables. Par exemple dans « Textile et cuir », il existe des alternatives identifiées les produits grand public (ex : une veste de pluie), mais pas encore pour tous les textiles techniques (ex : vêtements de protection professionelle comme les uniformes de pompier).

Les substitutions à développer

Dans d’autres secteurs, des alternatives existent mais sur une part limitée des usages. Il faut donc à la fois accélérer le développement de ces alternatives et innover pour en trouver d’autres.

Il s’agit notamment des secteurs :

  • Composants et fluides de véhicules ;
  • Dispositifs médicaux ;
  • Pétrole et exploitation minière.

Les substitutions à inventer

Enfin, pour d’autres secteurs, les alternatives n’apportent pas encore satisfaction en matière de performance et de coût. Il s’agit notamment des secteurs :

  • Électronique et semi-conducteurs ;
  • Production et stockage d’électricité.

Le besoin d’innovation est d’autant plus important qu’il s’agit d’usages — notamment pour les batteries lithium-ion — qui devraient contribuer à l’augmentation de la consommation de PFAS dans les décennies à venir.

En synthèse, on observe que des substitutions sont déjà disponibles dans un grand nombre de secteurs (en vert), quand les secteurs pour lesquels des alternatives ne sont pas disponibles sont moins nombreux (en rouge).

Un risque réputationnel et réglementaire évident

La médiatisation de la pollution aux PFAS est plus forte d’année en année. À titre d’illustration, le nombre de requêtes liées aux PFAS sur Google dans le monde entre 2022 et 2025 a fait x108Explorer – Google Trends. (s. d.). Trends. https://trends.google.fr/explore?q=%2Fm%2F04zxzzy&date=today%205-y&geo=Worldwide.

Cet intérêt grandissant, alimenté par des problèmes sanitaires de plus en plus fréquents, se répercute sur les entreprises de diverses manières.

Le risque réputationnel se renforce, notamment en ce qui concerne les produits destinés aux particuliers, comme les cosmétiques, le textile ou encore les ustensiles de cuisine. Dans cette dernière catégorie, le cas de l’entreprise SEB, qui fabrique des ustensiles avec des revêtements en PTFE, est emblématique. Si l’entreprise n’a pour le moment jamais été condamnée et que son activité n’entre pas dans le périmètre d’application de la loi française 27 février 2025, sa marque est régulièrement associée à la pollution aux PFAS dans les médias, ce qui pourrait avoir déjà affecté son chiffre d’affaires 9Fournier, C. (2025, 24 novembre). Le scandale des PFAS est-il en train de plomber Seb ? Novethic. https://www.novethic.fr/economie-et-social/business-model-en-transition/scandale-pfas-seb-tefal-risque-reputationnel.

La pression réglementaire se renforce, elle aussi, en France comme en Europe, avec des interdictions ciblées et plus de surveillance. La loi française 27 février 2025 impose depuis janvier 2026 aux sites industriels dans plusieurs secteurs (chimie fluorée, traitement de surface, textile technique, papeteries, emballages, etc.) de réaliser des analyses de PFAS dans leurs effluents et de transmettre les résultats aux autorités.

De nombreuses entreprises ont déjà réussi à retirer les PFAS de leurs procédés de fabrication

Des exemples existent dans de nombreux secteurs, notamment dans ceux qui sont les plus ciblés par la réglementation.

Textile

Le secteur textile est l’un des plus avancés dans le retrait des PFAS. Plusieurs marques de produits outdoor ont su mettre en place des politiques interdisant les PFAS de leurs chaînes d’approvisionnement10Satto, V. (2023, 2 septembre). La liste des marques d’outdoor sans PFAS/PFAS-free – The Good Goods. The Good Goods. https://www.thegoodgoods.fr/media/sante-environnement/que-sont-les-pfas-ou-polluants-eternels-quelles-sont-les-marques-doutdoor-pfas-free/.

Un cas emblématique est celui de l’entreprise Patagonia, qui travaille sur le sujet depuis 15 ans. 11Fabrication sans PFAS. (s. d.). https://eu.patagonia.com/fr/fr/our-footprint/pfas.html?srsltid=AfmBOoomNcizSdTHwqTp4T1akXbUpOOUTRe6wx-0DRsDzmjLa55OSM_T. Malgré leurs efforts, les équipes de Patagonia se refusent à désigner leurs produits comme « sans PFAS », les PFAS étant extrêmement répandus dans les matières premières utilisées dans le secteur. Patagonia parle plutôt de « production sans ajout intentionnel de PFAS ».

D’autres marques plus conventionnelles, comme H&M ou UNIQLO, ont aussi mis en place des feuilles de route de retrait des PFAS.

Enfin, dans le secteur textile, les distributeurs ont aussi un rôle à jouer. C’est ce que fait Stadium, un distributeur suédois de vêtements et d’articles de sport qui a développé, depuis 2025, une liste interne de substances restreintes incluant les PFAS.

Cosmétique

Les PFAS, notamment le PTFE, sont fréquemment utilisés dans la fabrication de cosmétiques, notamment pour les propriétés qu’ils confèrent : résistance à l’eau, longue tenue, résistance à la chaleur et à la transpiration, etc.12Coignard, H. (2025, 3 septembre). L’Oréal, Lancôme, Kiko ; ces marques qui utilisent des « polluants éternels » dans leurs cosmétiques. Vert. https://vert.eco/articles/loreal-lancome-kiko-ces-marques-qui-utilisent-des-polluants-eternels-dans-leurs-cosmetiques.

Suite à la médiatisation autour des PFAS et à la pression des consommateurs, de nombreuses marques ont reformulé leurs recettes pour en retirer les PFAS. Par exemple, L’Oréal a décidé en 2018 de supprimer progressivement les PFAS de tous ses produits et annonce y être parvenu à 100%13PFAS dans les cosmétiques : 100 % des formules L’Oréal sans PFAS fin 2024 | L’OREAL. (s. d.). https://au-coeur-de-nos-produits.loreal.fr/pfas-dans-les-cosmetiques-100-des-formules-loreal-sans-pfas-fin-2024.

Autres secteurs

Dans pratiquement tous les secteurs, il existe des exemples d’entreprises ayant décidé de retirer les PFAS de leur chaîne d’approvisionnement et/ou de leurs procédés. Voici quelques exemples :

  • Marshall, fabricant d’enceintes et de casques audio ;
  • IKEA, fabricant de meubles et d’objets décoratifs ;
  • Marks & Spencer, chaîne de magasins ;
  • Electrolux, fabricant de produits d’électroménager ;
  • Bosch, fabricant de produits d’électroménager.

Dans des secteurs de haute technologie, où la substitution peut être plus difficile, des initiatives émergent aussi. Les entreprises Michelin (fabrication de pneumatiques) et Safran (aéronautique, espace, défense) mènent des projets R&D de substitution des PFAS14Galéron, F. (2024, 17 juin). Polluants éternels : comment Michelin et Safran veulent se passer des PFAS. La Tribune. https://www.latribune.fr/occitanie-1161/entreprises/business/2024-06-17/polluants-eternels-comment-michelin-et-safran-veulent-se-passer-des-pfas-1000088.html?.

Pour les entreprises qui produisent sans PFAS, la dynamique est positive

Cristel est une entreprise française qui fabrique des ustensiles culinaires en inox, que l’on peut considérer comme une technologie alternative aux ustensiles avec revêtement en PTFE.

La demande pour les produits Cristel a fortement augmenté dernièrement, notamment grâce à cette prise de conscience autour des PFAS. Le fabricant a annoncé l’ouverture d’une nouvelle ligne de production d’ici à 2028. Son nouveau site de plus de 3 000 mètres carrés accueillera une trentaine de recrutements chez Cristel, qui emploie actuellement 125 personnes15Peyre, P. (2026, 26 janvier). Doubs : Cristel, le fabricant d’ustensiles de cuisine en inox, va ouvrir une nouvelle ligne de production d’ici à 2028. ICI, le Média de la Vie Locale. https://www.francebleu.fr/bourgogne-franche-comte/doubs-25/fesches-le-chatel/doubs-cristel-le-fabricant-d-ustensiles-de-cuisine-en-inox-va-ouvrir-une-nouvelle-ligne-de-production-d-ici-a-2028-8987377.

Cet exemple illustre que, si le retrait des PFAS pénalisera certaines entreprises dont l’activité est fortement liée aux PFAS, il créera inévitablement de la valeur pour d’autres.

L’ONG suédoise ChemSec, l’une des organisations les plus actives dans la substitution des PFAS, a publié des ressources essentielles pour aider les entreprises à retirer les PFAS de leurs chaînes de valeur et de leurs procédés :

  1. Le PFAS Guide, une plateforme en ligne pour aider les entreprises à identifier les produits susceptibles de contenir des PFAS dans leur chaîne d’approvisionnement et leur fournir des recommandations pour les éliminer progressivement. Le guide suit un cheminement en six étapes et propose de nombreuses ressources pratiques : aide pour identifier des PFAS potentiellement présents en fonction du secteur de votre entreprise, questions à se poser, exemples de questionnaire fournisseurs, guides sectoriels, etc. C’est la ressource la plus complète pour les entreprises. Elle est fréquemment mise à jour et est disponible gratuitement.
  2. La SIN List (ou Substitute It Now! List), une liste de substances chimiques préoccupantes. La SIN List se compose de substances que ChemSec a identifiées comme répondant aux critères des « substances extrêmement préoccupantes » tels que définis par le règlement européen sur les produits chimiques REACH. En 2023, ChemSec a ajouté un grand nombre de PFAS à la Sin List, qui en compte désormais plus de 400.
  3. Marketplace, une plateforme qui référence les alternatives plus sûres aux produits chimiques dangereux – dont les PFAS. La plateforme permet aux entreprises qui commercialisent des alternatives de les promouvoir et elle facilite le travail des entreprises qui cherchent à substituer les PFAS qu’elles utilisent.

Si le PFAS Guide de ChemSec constitue la ressource à privilégier pour se lancer, d’autres ressources peuvent être considérées :

  • La Chemicals Watch List de la ZDHC Foundation (abréviation de Zero Discharge of Hazardous Chemicals), une organisation qui vise à éliminer l’usage et le rejet de substances chimiques dangereuses dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, notamment dans les secteurs de la mode, du textile, de la chaussure, du cuir et de l’habillement.